Juliette Ponce présente la littérature hispanophone au sein du domaine étranger de Buchet Chastel

Portrait de l’éditrice Juliette Ponce en charge de la collection Littérature étrangère

Portrait de l’éditrice Juliette Ponce en charge de la collection Littérature étrangère.


Après des études de philosophie puis d’ethnologie et plusieurs terrains au Mexique, Juliette Ponce rejoint les éditions Denoël en tant que lectrice au début des années 2000. Elle rejoint les Éditions Stock pour assister l’éditeur du domaine des documents pour quelques mois, puis réintègre en 2004 la collection de littérature étrangère des Éditions Denoël où elle travaillera jusqu’en 2012. Elle traduit en parallèle de l’espagnol et plus rarement de l’anglais. Elle travaille depuis deux ans aux Éditions Buchet Chastel en tant qu’éditrice du domaine étranger, pour la collection jaune, qui accueille des textes de littérature contemporaine venus de tous les horizons,et plus particulièrement des territoires anglo-saxons et hispanophones.


J’étais encore adolescente lorsque j’ai découvert Au-dessous du Volcan de Malcolm Lowry. J’ai dévoré ce texte, il m’a dévoré lui aussi. Depuis, il a toujours été à mon côté : dans un sac, sur une étagère de mon bureau, au chevet de mon lit. Parmi les lectures qui ont fondé non pas mon rapport à la littérature mais la place que la littérature s’est faite en moi, ce texte se tient seul, légèrement en retrait, brillant secrètement comme un premier grand amour.


Ironiquement peut-être, c’est par le biais de ce roman écrit en anglais que je suis venue à la littérature hispanophone. Le Mexique de Lowry m’obsédait, et m’obsède encore : j’y ai voyagé, j’y ai tissé des liens, je me suis débrouillée pour qu’il fasse partie de mon existence.


J’ai appris l’espagnol en voyageant et en lisant. D’abord Juan Rulfo, puis ces héritiers, les tenants du réalisme magique, le boom latino-américain. J’ai traversé le continent en lectures, j’étais fasciné par cette littérature. Je n’ai pas boudé mon plaisir : j’ai aimé la luxuriance, le mystère, la sensualité de la langue, l’hommage rendu à l’oralité, à l’imaginaire mais aussi l’intellectualisme féroce de certains auteurs. J’ai eu d’autres grands amours, et des chocs incroyables : Jorge Luis Borges, Roberto Bolaño, surtout. Je n’avais pas ou peu eu accès à la culture hispanophone classique, et longtemps j’ai très mal connu la littérature venue d’Espagne. J’ai découvert tard le Siècle d’or, et encore plus tard la littérature espagnole contemporaine. Mes goûts me portent vers l’univers d’Enrique Vila-Matas, de Rafael Chirbes, et dans la jeune génération des auteurs comme Mario Cuenca Sandoval m’intéressent beaucoup.


L’envie de découvrir et publier des textes de littérature étrangère en général et hispanophone en particulier est née de cette histoire-là, le désir de traduire, lui, est davantage le fruit du lien intime qui m’attache aujourd’hui à cette langue. Je ne traduis pas autant que je le souhaiterais, mais j’ai la chance de suivre le travail d’un auteur que j’admire, Juan Villoro.


Il y a deux ans, Vera Michalski m’a proposé de rejoindre les Éditions Buchet Chastel, la maison où Maurice Nadeau avait publié la première traduction en français du Volcan de Lowry. Je ne crois pas aux boucles qui se referment sur elles-mêmes, mais aux signes, oui.


Ensemble, nous avons relancé la collection aux couvertures jaunes, celle qui a abritée les œuvres de Henry Miller, les premiers textes de Pier Paolo Pasolini ou encore les romans de Lawrence Durrell. Nous nous sommes attachées à remettre ce fonds à l’honneur tout en développant la liste des auteurs contemporains, et si la tradition résolument anglo-saxonne de la collection est toujours bien vivante, j’ai souhaité élargir les champs linguistiques explorés. Aujourd’hui, un tiers des titres publiés sont hispanophones. Martín Caparrós et Andrés Neuman (Argentine) mais aussi Juan Villoro (Mexique) ont déjà paru ces derniers mois. Diego Trelles Paz (Perou), Álvaro Enrigue et Guadalupe Nettel (Mexique) suivront bientôt. Et la porte est ouverte pour en accueillir d’autres encore.


Retrouvez ce portrait sur le site New Spanish Books : newspanishbooks.fr